Vendredi 15 octobre 2010 5 15 /10 /Oct /2010 00:59

1177865-1521803.jpg

 

    Ne pas amener le conflit israelo-palestinien ici ? La bonne blague. Quand un Dieudonné est devenu le symbole de l'antisémitisme, quand un Souhail Chichah est insulté de tous les noms, quand dès qu'on parle d'un personnage qualifié arbitrairement d'antisémite on se trouve à son tour catégorisé comme tel, on est en droit de se demander qui, en plus d'apporter ce conflit dans nos régions, l'entretient.

    Lorsque Dieudonné fait un sketch sur un colon israélien ( la caricature veut qu'il soit donc habillé en soldat israélien, armé et portant le chapeau traditionnel – vous remarquerez la ressemblance frappante avec les caricatures de Mahomet … ), il est taxé immédiatement d'antisémite. Attaqué sans cesse, il entre dans une spirale infernale qui le force à se défendre en permanence, à attaquer ceux qui veulent le descendre ou l'humilier. A présent, fort d'une majorité de victoires lors de nombreux procès, le jeu consiste, pour la partie adverse, en la recherche de ce qui, dans chaque phrase, qu'elle soit la plupart du temps ironique, intelligente parfois, revancharde et provocatrice sans doute, montre l'antisémitisme caché de ce monstre tout désigné qui ose s'en prendre fermement à la politique israélienne – laquelle, rappelons-le, est condamnée par la grande majorité des gouvernements et des populations. 

    Pis encore, à présent cet acharnement consiste à dénoncer systématiquement les rapports douteux entre les personnes, ce qui revient à une sorte de plan vigipirate, mais pour la lutte contre la pensée libre cette fois. A chacun de dénoncer son voisin, de vérifier ses contacts antérieurs et par là même de pouvoir discréditer entièrement tout ce qu'il dira de dérangeant. Il a parlé à Le Pen, il est donc raciste comme lui. C'est ce qui, en toute franchise, me fait peur !


En effet...

    Malheur à Dieudonné s'il a accepté de discuter avec Jean-Marie Le Pen, pensant à tort ou raison qu'il méritait sa place dans l'hémicycle, et surtout, qu'il fallait être prudent avec les vilains-méchants tout désignés et oser questionner ce qui fait l'unanimité. Malheur à lui d'avoir voulu l'introduire dans sa provocation, ou d'avoir tenté de jouer de l'image de démon qui lui est associée afin, à mon sens, d'en montrer la simplicité réductrice et ruineuse pour la pensée. En effet, l'intelligence, et de fait ma vision de l'éducation, veut que l'on réfléchisse sur ce qui semble imposé et figé comme réalité intangible. Ainsi, toute version officielle des choses peut être remise en question, pour une meilleure intelligibilité, compréhension et partant, une possible évolution. Si l'on s'en tient à fixer une fois pour toutes qui sont les bons avec qui l'on peut parler et qui sont les méchants à rejeter à priori, si les étudiants acceptent comme tel ce qui leur est dicté, c'est alors, et seulement alors, que ce 'L' de l'ULB pourra être retiré ( j'entends dire aujourd'hui que le mot Libre de Université Libre de Bruxelles devrait être retiré parce qu'elle permet que des conférences qui ne plaisent pas à tous aient lieu ... ).

    Malheur encore à Souhail Chichah si dans ses recherches et autres conférences, il tente parfois de défendre certains propos tenus par Dieudonné, ou même plus largement, la possibilité démocratique de l'existence de ce bouffon dérangeant sur la scène humoristique. En effet, chercheur à l'ULB, il se présente comme un défenseur des droits qui lui sont chers. Il se permet alors d'exprimer son avis, ses points d'accord et de désaccord avec ce qui se passe sur le campus universitaire, en particulier sur les problèmes quant à la liberté d'expression. D'aucuns souhaitent à présent le voir disparaître de l'ULB.

    Ensuite, et c'est là qu'est le fond du problème, malheur à vous. Malheur à vous si vous défendez l'un ou l'autre. On est à présent dans le flicage des liens entre citoyens. Essayez donc : débattez sur le sujet et vous verrez qu'aucun argument n'est posé par vos contradicteurs. Le seul qui fasse point pour les contrevenants c'est de dire « vous êtes antisémites, parce que celui que vous défendez l'est », cela suppose un point final à la discussion et évidemment à la réflexion personnelle. La dé-légitimation morale et l'invective servent à exclure les contestataires en tant qu'interlocuteurs et remplacent la discussion argumentée, sans laquelle cette si chère démocratie n'aurait plus aucun sens. Le débat d'idées n'est plus permis car vous êtes toujours-déjà catégorisés et partant, « tout ce que vous direz sera et pourra être retenu contre vous »...
    Comment, face à cela, réagir de manière sereine, et surtout intelligente ?! Soit votre raison vous pousse à continuer, à affronter ceux qui vous attaquent, soit vous abdiquez, vous vous retirez de gré ou de force. Dans tous les cas, c'est la loi du plus fort qui s'impose. Triste constat n'est-ce-pas...?
   
    Que les accusations soient vraies ou fausses, qu'elles témoignent d'une bonne ou d'une mauvaise foi, comment penser qu'une diabolisation outrancière, souvent mêlée d'accusations mensongères ou infondées, puisse d'une manière ou d'une autre convaincre qui que ce soit ?!
    Procédons dans le même ordre que précédemment. La critique caricaturale de l'extrême droite française produit – et comment s'en étonner ? – une nouvelle radicalisation et un accroissement du nombre de sympathisants. Les personnes qui votent pour Le Pen ne se reconnaissent généralement pas dans la diabolisation que l'on fait d'eux. Suit à cela, en toute logique, que ces personnes n'accordent plus aucun crédit à la critique qui leur est faite. Ils ne sont pas ces nostalgiques du 3ème Reich comme on aime à les représenter !

    Ainsi, quand l'UEJB croit malin de faire un petit montage pour faire dire à Chichah ce qu'il n'a jamais voulu dire, comment peuvent-ils espérer faire mouche ? En effet, dans son argumentaire, le chercheur en économie explique comment, à ses yeux, étaient perçus les juifs lors des années 40. Cette perception généralisée de la différence est alors mise en parallèle avec celle que l'on peut avoir aujourd'hui envers ceux qui subissent actuellement des expulsions forcées. L'on garde une phrase de cette mise en contexte pour le parallèle de l'argumentation, laquelle sortie du contexte sert à donner un contenu à sa diabolisation. Je vous invite à regarder l'enregistrement de cette conférence et de vous faire votre propre avis, si cela est encore permis. « Chichah chercheur à l’ULB, explique, entre autres, que les Juifs venus des pays de l’Est pour fuir les nazis étaient « sales » » sera l'analyse de Mme Viviane Teitelbaum...
 
    Simple exemple mais qui en dit long sur la rigueur nécessaire à l'heure actuelle pour décortiquer judicieusement l'information qui nous est donnée. La capacité à mettre en question est le fondement du processus de réflexion, encore faut-il être autorisé à le faire...

Par Shugga - Publié dans : Actualité
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

j'aime beaucoup l'article Shugga, malheureusement il est difficile d'utiliser la raison avec ceux qui ne réagissent qu'avec le coeur
Commentaire n°1 posté par Monsieur N le 15/10/2010 à 01h32
c'est toujours la loi du plus fort qui s'impose et après on emballe cela selon ....triste monde !
Commentaire n°2 posté par Personne le 17/10/2010 à 12h27

Soyons donc plus fort !

Réponse de Shugga le 24/10/2010 à 14h42

Présentation

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés