Vendredi 1 juillet 2011 5 01 /07 /Juil /2011 10:35

  Si les économistes éprouvent le besoin viscéral de déterminer la valeur des choses et son origine; habités de cet idéal d'objectivité, ils ont la conviction malsaine que tout est mesurable …


  La méconnaissance des gens pour les affaires économiques (1) , ce qui arrangeait le système tel qu'il se déploie depuis près d'un siècle, commence à s'estomper. Des voix se lèvent pour tenter d'expliquer, ou du moins pour essayer de faire mouche dans un domaine qui habituellement se laisse croire intouchable. C’est ainsi que le récent exemple de la réponse aux déclarations d'Eric Cantona n'est pas un phénomène isolé.


  Si l'idée de progrès est uniquement liée à l'économie et donc à la productivité, comment expliquer que ce pseudo-progrès implique nécessairement une réduction du niveau de vie des pays dits développés pour la seule raison que d'autres pays sont en train de rattraper leur retard ? la baisse donc du niveau de vie et de la qualité des programmes sociaux d'un pays en raison du sacrosaint développement économique ? Lorsque Sarkozy menait campagne pour les présidentielles de 2007, il affirmait que l'économie française était complètement bloquée, qu'elle devait se réveiller si elle voulait pouvoir entrer en concurrence avec les économie dites émergentes – entrer en concurrence avec un pays dont la population dépasse le milliard, tout en lui faisant des leçons de démocratie (2) …


  Si acheter des Ipods et un abonnement de télévision à la demande pour que les émissions puissent fournir du temps de cerveau disponible aux grandes marques (3) , signifie prospérité et liberté, nous y sommes en effet. Cependant pour la grande majorité des gens de ma génération, il devient quasiment impensable d’être propriétaire d'une maison, d’un endroit où vivre, sans crouler sous une dette astronomique de plusieurs dizaines d’années – donc, subir une forme d’esclavage moderne atténué par la possibilité d’acheter du loisir-passe-temps. Le pouvoir politique consistant alors à se faire élire sur la promesse de l'accroissement du pouvoir d'achat, entendons : de passer le temps en consommant de l’inutile.
    On nous balance alors une crise pour justifier l'impossibilité malheureuse de tenir cette promesse. Depuis 68, la liberté exigée et en apparence conquise va être limitée à la possibilité d’assouvir ses désirs, cet assouvissement étant réduit purement et simplement à l'acte d'achat. La boucle est bouclée et la spirale infernale est enclenchée. Les mesures politiques ne se résument plus qu’à nous mettre devant des « alternatives infernales » dont on peut en résumer la trame comme ceci : soit on continue à fournir du social, et on va droit dans le mur, soit on se plie à la loi du marché, et la rigueur s'impose. La plupart des gouvernements assume à présent pleinement leur réponse : il faut se plier.

    Tentons de comprendre un peu mieux ce qu’est la monnaie, et de fait, le système bancaire. La banque est aujourd’hui bien différente de l'idée que l'on s'en fait en général, idée qui ressemble à ce qu’elle était à l’origine.
Pendant près d'un siècle, et jusqu'à la première grande guerre, la monnaie se basait sur une sorte d'étalon-or – métal précieux et inaltérable utilisé comme intermédiaire pour assurer l'équilibre des échanges. Le développement industriel du 19ième donnait au monde économico-financier le pouvoir d'installer ce système sans rencontrer la moindre opposition de taille. L'once d'or étant jusque là stabilisée par un prix fixe, la monnaie demeurait stable. Seulement, la quantité d'or étant limitée, nous verrons que les banques centrales vont pouvoir émettre en papier-monnaie environ 10 fois le montant de leur réserve… Nous savons en outre qu’à l’origine, l'argent qu'une banque peut prêter provient de l'argent déposé préalablement par d'autres. La banque ajoute alors un intérêt qui doit être remboursé en plus du capital d'origine et c'est cet intérêt qui marque un accroissement de la masse monétaire en circulation. L'investissement est alors toujours la source d'une productivité réelle par la création d'une valeur ajoutée. C’est ainsi qu’aidée par un investissement, une entreprise peut créer de la richesse réelle par un accroissement de sa production.


  Jusque là, pas de problème majeur, mais la dynamique infernale est enclenchée, celle d'une fuite en avant toujours accélérée qui en montre le vice profond. Au regard du banquier, il n’y a apriori aucun risque que tout le monde retire son argent en même temps (4) . Ceci leur offre une marge de manoeuvre dans la possibilité qu’elles ont de prêter plus que les sommes qu'elles n’ont en dépôt. Cette marge consiste en la création d'un argent scriptural, complètement fictif à la base, et correspond à ce qu'on appelle le multiplicateur.
  Cependant pour que tout ceci tienne sur la durée, deux conditions bien précises doivent être respectées. Premièrement, l'économie doit se trouver dans une phase de croissance illimitée et deuxièmement, la régulation par une autorité supérieure, politique en l'occurrence, doit être possible au regard de la croissance réelle de l'économie (et non fictive...). La réserve fractionnaire sera ce qui permettra cette régulation. Pourtant, malgré les belles campagnes de nos politiques, friands de réformes salutaires pour notre pouvoir d’achat, on voit bien que l'influence du politique – le véritable politique – sur l'économique diminue. L'économie de marché évoluant sans limite, l'imposition de cette réserve est en train de disparaître complètement.


  Comme on peut prêter de l'argent que l'on n’a pas, la masse monétaire en circulation est toujours supérieure à la croissance possible, et le taux d'intérêt devient alors impossible à rembourser. L'argent prêté par les banques est complètement fictif et correspond, à l'échelle individuelle, à une sorte de garantie hypothécaire sur le travail et sur les biens, donc, sur toutes les richesses possibles. Sur base d'une fausse monnaie, les banques qui ne produisent rien sont tout naturellement, et sans que cela n'inquiète personne, propriétaires de tout. Il s'agit d'une arnaque pure et dure au coeur de tous les déséquilibres et de la domination contemporaine.


  C’est ainsi que, lors de la première Guerre Mondiale, les Etats belligérants durent emprunter énormément d'argent (et ce dans les deux camps). Ce financement a permis de continuer la guerre pendant les quatre années d'horreur que l'on connait, mais a aussi causé une dévaluation désastreuse des monnaies. En effet, l'effort de guerre financé par du papier-monnaie non gagé sur les réserves en or permit de prolonger le conflit plus longtemps que ne l'auraient permis les richesses réelles des pays. Ceci préparait l'entrée en scène du nouvel Empire Américain, et donc du dollar, grâce à, en 1913 (5) , la création d'une banque centrale privée. Le dollar est la monnaie émise par la FED, garantie par le gouvernement des Etats-Unis. La FED (Système fédéral de réserve), qui n'a rien de fédéral mais constitue un cartel de banques privées, était autrefois couverte par les réserves d'or que ces banques privées rachetaient à travers le monde. Le dollar est à présent une monnaie privée gérée en fonction d'intérêts et donc, du système capitaliste qui l'entretient dont les banques sont les bénéficiaires. Ainsi, la dette des Etats, et les Etats-Unis ne sont pas en reste, va de pair avec l'abondance des bénéfices engendrés par les banques.


  Cet endettement généralisé et imposé, qui fut d’abord appliqué au monde des entreprises privées, va être étendu avec la privatisation des banques centrales, et ce dans tout l’Occident. En France, c'est en 1973 que ce tour de force aura lieu. L'ancien directeur de la banque Rothchild (6) , M. Georges Pompidou, alors président de la République française, en privatisant la banque nationale forcera l'Etat à emprunter l'argent nécessaire à son développement sur le marché privé, avec taux d'intérêts. Ainsi, il devient complètement dépendant des marchés mondiaux, et on comprend mieux pourquoi la concurrence complètement ruineuse avec des pays émergents est tout simplement impossible, aussi forte soit la rigueur imposée.
  Au nom de la fraternité entre les peuples, et surtout, sur ordre de la rigueur monétaire et de ses règles du marché, on crée la Banque Centrale Européenne (dont les détails se trouvent dans l'article 104 des accords de Maastricht et plus récemment 123 du traité de Lisbonne, qui rappelons-le, fut imposé aux populations (7) . La suite logique à tout cela sera la Crise, qui est le nom donné à la suppression de toutes les politiques sociales de développement. L'argent au départ prévu pour le développement de l'aide social est à présent avalé par le paiement de l'intérêt de la dette, et correspond en quasi totalité à l'impôt sur le revenu du travail. Les bons du Trésor correspondent, comme on l’a dit, dans les conséquences du moins, à la garantie hypothécaire. Obligé d'emprunter sur le secteur privé, l'Etat doit à présent rembourser l'intérêt. La dette toujours croissante est structurellement impossible à rembourser et conduit à un transfert progressif, par le biais des privatisations, de toutes les richesses dans les mains des seules banques. Aujourd'hui, on paie les intérêts des intérêts des intérêts à cause de cette escroquerie.

  L’impact de ces mécanismes pour les travailleurs, et pour la population en général est alors évident. Pour ce qui est de cette fameuse dette (encore et toujours elle, mais nous accordons à ce point l'importance de ce qui paraît être la cause principale des restrictions et des pertes de ce qu’on nomme abusivement « acquis sociaux »), notons que l'accroissement du PIB (8) ne pourra jamais rembourser la dette. On l'a vu, l'accroissement est une augmentation du volume des échanges, et ce, sous forme monétaire. De fait, la quantité de monnaie supplémentaire fait l'objet d'une nouvelle émission de crédit, et donc, provoque un accroissement de la dette. L'impôt devient donc un transfert, faisant passer la dette de l'Etat dans le passif des particuliers !
  Il s’agit alors, par cette modeste contribution, de réaliser que le chômage, le gel des salaires et le recul de l’âge du départ à la retraite sont autant de conséquences d'une part de la crise, d'autre part des plans de renflouement des banques par l'austérité imposée au peuple.


  En effet, la dette est explicitement l'argument des gouvernements européens actuels pour imposer des plans d'austérité. Cependant, elle est la conséquence de certaines politiques budgétaires et fiscales qui favorisent les classes les plus nanties. L'implication de l'Etat s'étant de plus en plus érodée, ainsi que la contribution payée par les riches ayant diminuée, les besoins sociaux sont de plus en plus difficilement satisfaits. Les bénéficiaires de ces méthodes ont donc pu placer leur épargne en juteuses obligations d'Etat. Deux bénéfices donc : moins d'impôts et une rente perçue sur les dettes publiques.  

  Rappelons rapidement que depuis 1980 les impôts directs n'ont cessé de baisser sur les grandes entreprises et les revenus les plus élevés. Pour ce qui est de l’Union Européenne, les taux supérieurs de l'impôt sur le revenu et sur les sociétés ont baissés respectivement de 7 et 8,5 points. Ainsi, tout en faisant des gains substantiels le privé s'est installé en tant que créancier des Etats et donc, octroyé le droit d'exercer un chantage avantageux. Notons également que la dette publique a considérablement augmenté depuis les généreux plans de sauvetage accordés au secteur financier par les Etats. Ce sauvetage provient de l'argent public (la formule paraît dérisoire tellement elle est répétée, mais il faut en être conscient). De fait, la dette publique pour l'Union Européenne est passée de 7300 à 8700 milliards d'Euros entre 2007 et 2009. Cet accroissement rapide de la dette justifie les plans d'austérité et le démantèlement des protections sociales et des services publics à cause des remboursements de capital et d'intérêt.

  Le pouvoir d'achat ne permet pas d'atteindre un bonheur quelconque, même matériel – posséder une maison et assurer le bien-être de sa famille. Il constitue simplement le pouvoir d'acheter l'inutile (la télévision) qui nous proposera/imposera d'acheter du surplus. Le problème à voir le monde comme une grande entreprise publique conduit les organisations gouvernementales à prendre le rôle de gestionnaire des populations – et non plus simplement de l'organisation d'un cadre juste, égal et sûr –  tout comme le ferait une entreprise privée. Au nom de la prétendue liberté si chère aux libéraux, nous sommes obligés d’entrer dans la mécanique du travail dit productif. Mais productif en quoi et pour qui ? Secret Story n'est pas là pour rendre heureux, de même que les objets de consommation ne sont pas là pour faire du bien à la population. Ils sont là pour faire consommer et donc, faire tourner l'économie qui, elle, est censée nous apporter du bonheur. Cette machine infernale fait que l'on tourne infiniment en rond, avec au centre, l'idée d'un bonheur en puissance obligatoirement inaccessible en acte. Il va de soi que le but de l’économie est le manque permanent, manque à combler par la consommation qui à son tour doit faire naître le manque.  

  C’est ainsi que la dette doit être comprise comme la forme structurelle de ce manque imposé...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1. Loin de maîtriser la question c'est en simple observateur que je tenterai d'apporter quelques réflexions quant au marasme de l'économie politique actuelle. Parce qu'il est important de comprendre certains mécanismes pour en faire une véritable critique, toute contribution sérieuse à propos des questions qui vont suivre est bienvenue.

2. Si ce n’est au moyen d’une nouvelle grande guerre.

3. « Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective ”business”, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (...). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (...). Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise. » Patrick Le Lay, PDG de TF1, interrogé parmi d’autres patrons dans un livre « Les dirigeants face au changement. » (Editions du Huitième jour)

 

4. Remarquons la peur de la plupart des agents du système à la déclaration d’Eric Cantona…

 

5. Cette date inaugura un mouvement sans précédent. Le pouvoir régalien fondamental consistait à faire émettre par la Banque Nationale, sous contrôle de l'Etat, la masse d'argent nécessaire aux investissements publics de tout ordre, le développement des infrastructures, les politiques sociales, etc., et ce, à taux zéro. Ce qui empêche l'inflation c'est le développement. En effet, cette masse d'argent est alors transformée en richesse réelle par une production réelle grâce à l’investissement.

6. Je vous invite à vous renseigner sur l'influence de ce nom sur la politique et l’économie mondiales.

 

7. Le traité de Lisbonne fut rejeté par les pays usant du référendum et imposé par la suite, méprisant totalement la compréhension ou non du processus alors entériné.

 

8. Je soulignerai que, dans la pensée économique, les activités privées créent des richesses, peu importe ce qu'elles créent, et les activités publiques constituent une dépense. C'est pourquoi l'enseignement privé constitue la création d'une richesse supplémentaire mais l'éducation publique relève de la dépense publique. D'ailleurs, même si le PIB tient compte de ces activités publiques, il ne les prend en compte que si les revenus sont versés sous forme de salaires. Cependant, les aides sociales n'étant pas considérées comme des salaires ne sont pas considérées comme créatrices de valeurs. Ce petit chipot montre simplement que la mesurabilité des choses, en économie, est arbitraire et se porte parfois sur quelques composantes, parfois sur d'autres, d'une manière irrationnelle et qu’il est utile d’en connaître autant que possible les ficelles.

 

Pierre Ponce

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Vendredi 1 avril 2011 5 01 /04 /Avr /2011 10:46

 

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Jeudi 31 mars 2011 4 31 /03 /Mars /2011 23:08

 

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Dimanche 27 février 2011 7 27 /02 /Fév /2011 20:54

 

 

 

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Mardi 8 février 2011 2 08 /02 /Fév /2011 13:05

 



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Mardi 8 février 2011 2 08 /02 /Fév /2011 10:52
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Dimanche 6 février 2011 7 06 /02 /Fév /2011 22:36
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Dimanche 23 janvier 2011 7 23 /01 /Jan /2011 16:52
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